Donner les clés du Made in France

En sensibilisant au Made in France, la Fédération Indépendante du Made In France (FIMIF) souhaite bousculer les comportements d’achat. Pour Amandine Hesse, cofondatrice et présidente de la FIMIF, le pouvoir est chez le consommateur.

Univers Made in France :

Qu’est-ce qui vous a incitée à créer la Fimif ?

Amandine Hesse :

C’est, au départ, très personnel. Je suis fille d’agriculteur et j’ai compris que si je voulais que l’agriculture française subsiste, je devais commencer, moi, à acheter des produits qui en étaient issus. Le phénomène des délocalisations a également touché certains de mes proches. Peu d’endroits permettaient alors au consommateur de faire entendre sa voix. Pourtant, c’est lui qui décide de la manière dont il veut consommer ! Et dans les médias, le made in France n’apparaît qu’au moment des échéances électorales. La Fimif a donc été créée en juillet 2015 pour rassembler les entreprises et les consommateurs, dans l’objectif de faire régulièrement parler du Made in France, à travers des études exclusives, parfois un peu poil à gratter. Elle vit des cotisations de ses 200 adhérents, 60 % d’entreprises et 40 % de particuliers. L’équipe se compose de bénévoles, travaillant dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec le Made in France, pour éviter tout conflit d’intérêts.

Votre première étude concernait les consomm’acteurs du Made in France. Qui sont-ils ?

Nous avons analysé les pratiques de ceux qui s’attachent à acheter au quotidien des produits de fabrication française. Ces derniers privilégient la qualité des produits à leur quantité ou à la notoriété de la marque qui les commercialise. Ils veillent aussi à moins gaspiller et achètent d’occasion. 25 % de leur budget y est alloué contre 8 % en moyenne en France. Ces actions combinées leur permettent de privilégier des produits made in France en limitant l’impact sur leur budget.

D’ailleurs, ces consommateurs disposent en moyenne d’un revenu de 1660 € net par mois, légèrement inférieur au salaire médian des Français qui se situe à 1 730 € net par mois (Source : INSEE, 2014). Ce n’est donc pas une question de pouvoir d’achat ! D’autant que le prix d’un jean chez Levi’s commence à 110 €, quand un jean 1083 fabriqué à Romans-sur-Isère coûte 89 €...

Cette sensibilité rejoint les préoccupations sociétales et environnementales ?

Pour ceux qui achètent français, ce n’est pas qu’un acte patriotique pour défendre notre industrie. Ils s’émeuvent aussi du fait que des produits arrivent de l’autre bout de la planète. La question environnementale va au-delà de l’impact des transports. Au Bangladesh par exemple, les teintures sont rejetées directement dans les rivières. Et lorsque nous lavons ces textiles dans nos machines, les tein- tures rejoignent nos nappes phréa- tiques... Le consomm’acteur achète ainsi à la fois les pratiques de la marque et les caractéristiques de son produit.

Dans vos études, vous attirez l’attention sur le franco-lavage...

Qu’il s’agisse de l’étude sur les fournitures scolaires ou de la toute récente sur les achats de jouets à Noël, nous analysons des centaines de références en magasin. Cela nécessite de faire preuve de vigilance pour échapper au franco-lavage, éviter les subtilités des marques qui mettent du bleu-blanc-rouge partout, indiquent par exemple création française tout en produisant en Chine... Nous donnons au consommateur les moyens de faire mieux, en listant une alternative française pour chacun des produits étudiés. Pour les entreprises, le made in France devient aujourd’hui une véritable démarche commerciale de mise en avant de leurs atouts.

Les entreprises labellisées « Produire en Bretagne » indiquent par exemple sur leurs packagings le nombre de salariés, à tel endroit, qui ont fabriqué le produit. Cela fait un lien direct entre l’emploi et la fabrication du produit. Lorsque l’on achète local, les retombées économiques sont trois fois plus importantes qu’avec un produit importé.

Vos prochaines thématiques ?

Nous aimerions bien étudier la provenance des goodies de la prochaine campagne électorale et regarder du côté des commandes publiques... L’an prochain, nous éditerons également des fiches, diffusées sur notre site et les réseaux sociaux, qui listeront sur un thème donné les fabricants nationaux. L’objectif est de donner au consommateur les clés pour mieux consommer localement.

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